Le patois Welche

Définition du patois

Le mot patois est généralement utilisé pour désigner un langage dérivé du latin et parlé dans une région donnée. Les patois ne sont donc pas du « sous français», ce sont des langues à part entières ayant évoluées depuis leur origine latine et qui sont de la même famille que le français. La linguiste française, Henriette Walter a écrit une belle phrase sur sujet :

Il faut donc bien comprendre que non seulement les patois ne sont pas du français déformé, mais que le français n’est qu’un patois qui a réussi.

Juste après la révolution française les patois deviennent les ennemis de la République et sous couvert d’unité nationale l’abbé Grégoire, membre de la Convention, y présente son « rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française », aussi nommé Rapport Grégoire. C’est probablement l’une des raisons qui fait que le mot « patois » a souvent une connotation plutôt péjorative en France.

Évolution de la définition de « patois » dans le Dictionnaire de l’Académie française :

  • 4e édition : Langage rustique, grossier, comme est celui d’un paysan, ou du bas peuple.
  • 8e édition : Variété d’un dialecte, idiome propre à une localité rurale ou à un groupe de localités rurales.
  • 9e édition : Variété d’un dialecte qui n’est parlée que dans une contrée de faible étendue, le plus souvent rurale.

Henry Grégoire est ami avec le pasteur Jean-Frédéric Oberlin du Ban de la Roche, une terre qui possède son propre patois, drôle de clin d’œil tout de même. Défenseurs du patois, soyez indulgents avec l’abbé, il a aussi accompli de grandes choses, il a entre autres milité pour l’abolition de l’esclavage, pour l’abolition des privilèges et pour le suffrage universel.

 

Le Welche

le dialectes en AlsaceEn allemand, Welsch signifie « étranger parlant une langue romane », à l’origine le mot est employé par les Alsaciens de langue alémanique pour désigner ceux de langue romane et qui habitent les hautes vallées vosgiennes. De connotation originelle péjorative, le mot welche est devenu avec le temps une appellation utilisé par ceux concernés pour se désigner eux-mêmes, comme sorte de signe de reconnaissance et d’appartenance.

Les premières traces de cette appellation se retrouvent déjà au XVIe siècle dans des écritures faites par des greffiers de langue alémanique qui l’utilisent en désignation des populations de la région de Schirmeck.

Le patois de la Vallée de la Bruche

De de nos jours, à part dans la bouche de quelques anciens et au travers de publications locales telles que par exemple l’ESSOR, le patois Welche de la Vallée de la Bruche est quasiment passé aux oubliettes. Depuis quelques années internet participe aussi à la conservation de ce patrimoine par l’intermédiaire de lexiques patois que l’on peut y trouver.

Pourtant le welche à tout de même réussi à s’implanter dans le langage courant de la Haute-Bruche, ici et là, nous utilisons tous les jours des mots bien à nous. Combien de fois lors de mes études à Strasbourg m’a-t-on regardé tout ébahi lorsque j’employais un mot, habituel pour moi, que j’étais finalement le seul à comprendre.

Un autre point est marquant dans ma façon de parler quand je fais allusion à une connaissance de la Vallée, j’utilise systématiquement devant son prénom et selon son sexe les articles « la » ou « le ». Si je les omettais, j’aurais l’impression de parler de quelqu’un d’autre. Ce qui est parfois un drôle d’exercice mental, car en dehors de la vallée de la Bruche je m’efforce de ne pas utiliser ces articles. Je mentionne donc « le Jean » qui vient de Plaine et « Jean » qui vient de Strasbourg.

Pour aller plus loin, l’Observatoire Linguistique comptabilise cinq variétés de welche qui sont localisées dans :

  • la Haute Vallée de la Bruche
  • le Val de Villé
  • la Vallée de Lièpvre
  • la Vallée de Kaysersberg
  • le Val d’Orbey

Il est intéressant de constater que d’un village à l’autre, rien qu’au sein de la Vallée, le patois peut différer tant sur la prononciation que sur les mots pour désigner un même objet, le patois de Wisches n’est pas parfaitement identique à celui de Rothau qui diffère aussi de celui de Colroy la Roche. Ces petites différences n’ayant pas de conséquences sur la compréhension et la communication des villageois avec leurs voisins.

La longévité du patois dans la Vallée de la Bruche

Moins d’un siècle après l’abbé Grégoire, l’école primaire obligatoire de Jules Ferry missionne les maîtres pour faire cesser l’usage du patois. Les élèves qui ne parlent pas la langue « classique », même en dehors de la classe, sont sanctionnés.

Dans la vallée de la Bruche point d’enseignement primaire obligatoire à la française, car depuis 1871, elle se trouve en territoire annexé. Les autorités allemandes, et ce dès l’occupation, installent des écoles primaires qui dispensent un apprentissage sur la base du bilinguisme français et allemand. Du côté de la religion tous se déroule, semble-t-il, en français.

Quant au patois, il trouve principalement sa place à la maison au sein des familles, mais également dans la rue et à l’auberge. C’est le langage de tous les jours entre habitants et lorsqu’il qu’il s’agit d’école, de religion, d’étrangers ou d’administration, les langues allemande ou française sont employés. Le welche est aussi une manière de se parler sans que l’occupant n’y comprenne grand-chose, une sorte de langage codé réservé aux habitants de la haute Bruche. Surtout qu’il leur est aisé d’accélérer le débit de paroles et même d’avaler exagérément certaines lettres pour compliquer encore plus la compréhension par les non-initiés.

Après 1918 et le retour à la France le patois commence régresser. A l’école l’allemand n’est plus enseigné et le système de Jules Ferry prévaut, le patois est mal vu, car en France on emploi du bon français. Maintenant que l’administration française se réinstalle après 48 ans d’absence, il faut aussi pouvoir être compris par cette dernière.

La Seconde Guerre Mondiale et l’occupation de la Vallée de la Bruche par les Allemands donne un dernier souffle au patois, qui est à nouveau utilisé en tant qu’arme pour ne pas être compris de l’envahisseur.

 

Lon hkouron et lon ladermant – L’écureuil et le loir

Tontt lon châ tomps

Lon p’tit hkouron

Rimpyi lon crû dî châne

Evon di nehattes et dé fâne

Vie l’invié. Li bonquions

Compèrent lon bon

Tontt ère frâlè

Masré, déhtaiyblè.

Pu ri di tont

Pou lon hkouron.

Il alla boualè sè grand’peine

Chi lon ladermant don son frène.

-« Ladermant

Gros terouant

Comment qu’te fé pou rî mingi

Depuis Noé jusqu’è l’évri

J’te pairaî bî si te m’le d’hais

Comment qu’te fè ? »

-« Kouh-te bouala,

Li dit lon la.

Ca bî èhi,

J’pus bî t’l’on dir.

J’ai mattè durant lon châ tomps

Tont c’que j’trouvaî don mon bedon.

Lè faim, lon fra, je n’li dontte mi

Gros malî, t’nais que faire comme mi.

Minge quand qu’t ais èke tontt ce que t’pus,

C’na mi pedu. »

Tout l’été

Le petit écureuil

Remplit le creux d’un chêne

Avec des noisettes et de la faine

Vint l’hiver. Les bûcherons

Coupèrent le bois

Tout était écrasé

Sali, dispersé.

Plus rien du tout

Pour l’écureuil.

Il alla pleurer sa grande peine

Chez le loir dans son frêne.

-« Loir dormeur

Gros paresseux

Comment fais-tu pour ne rien manger

Depuis Noël jusqu’à l’avril ?

Je te paierais bien si tu me disais

Comment tu fais ? »

-« Tais-toi pleureur,

Lui dit le rat.

C’est bien facile,

Je peux bien te le dire.

J’ai mis durant l’été

Tout ce que je trouvais dans mon bedon.

La faim, le froid, je ne les crains pas

Gros malin, tu n’as qu’à faire comme moi.

Mange quand tu as quelque chose tout ce que tu peux,

Ce n’est pas perdu. »

 

Sources utilisées pour cet article :

 

Je suis à la recherche d’une version numérique ou papier de la thèse de Monsieur Marc Brignon :

Le vocabulaire du pays de Salm – thèse de doctorat en langue, littérature et civilisation françaises ; Université de Nancy II ; 1992.

Merci de me contacter si vous pouvez m’aider.

 

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(3 commentaires)

    • JOCHAUD DU PLESSIX on 5 mars 2015 at 15 h 01 min

    Bonjour,

    Vous pourrez trouver cette thèse à la Bibiliothèque universitaire de NANCY II bibliothèque Lettres.
    Voici le lien : http://m.sudoc.fr/sudocmobile/fiche.xhtml
    Cdt.
    Augustin

      • tophe on 8 mars 2015 at 8 h 28 min
        Author

      Merci beaucoup pour cette information.

    • Ganier on 1 janvier 2017 at 18 h 24 min

    Bonjour, vous trouverez un glossaire du patois de la vallée de la Bruche sur le site http://www.ganierdewisches.fr ; à la page http://www.ganierdewisches.fr/dicopatoiswisches.html#anchor-top

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