Sara Banzet (1745-1774)

Fille d’Anne Verly (1715-1764) et Jean Banzet (1710-1773), Sara Banzet nait le 8 juillet 1745 à Belmont.

Durant la période où elle est la servante de l’épouse du pasteur Jean Georges Stuber, Sara met à profit les connaissances de ses maîtres, elle s’instruit et se passionne pour le tricot et la lecture.

Une conversation que Sara Banzet n’oubliera jamais

En 1766, au presbytère de Waldersbach, Sara est témoin d’un échange entre le pasteur Stuber et son futur successeur, Jean-Frédéric Oberlin.

La discussion porte sur l’instruction et le travail dans le Ban de la Roche, Oberlin suggérant que pendant que les mères seraient au travail, quelqu’un s’occuperait de surveiller et d’instruire leurs jeunes enfants. Idée qui marquera à jamais Sara Banzet.

Dans les mois qui suivent, la jeune fille prend l’initiative de réunir dans la seule pièce chauffée de sa maison, le poêle, les petits de Belmont, ceux en ayant la possibilité ramenant une bûche. Ainsi rassemblés et chauffés, les enfants reçoivent de leur hôtesse une instruction adaptée à leur âge. On apprend à tricoter, on apprend des mots nouveaux, on apprend la lecture, on écoute des histoires, etc… [pullquote align= »center » textalign= »center » width= »80% »]Avec son « poêle à tricoter », Sara Banzet crée la première école maternelle, elle en est l’inventrice.[/pullquote]

Soutenue et approuvée par le pasteur Stuber, puis en 1767 par son successeur le pasteur Oberlin, Sara est même officiellement recrutée et rémunérée par ce dernier en tant que « conductrice de la tendre enfance ». A partir de 1769, financés et propulsés par Jean-Frédéric Oberlin d’autres « poêles à tricoter » voient le jour dans tous le Ban de la Roche.

Le journal de Sara Banzet

Sara Banzet est aussi une écrivaine, du 30 mars au 17 décembre 1767, elle tient un journal de ce qui se passe dans sa classe mais aussi des évènements importants qui se déroulent à Belmont. Journal bien écrit et très émouvant que je vous conseille de lire si vous voulez percevoir un peu ce qu’était la vie de l’époque. L’œuvre de Sara a été publié il y a quelques années par Olympia Alberti aux éditions Le Verger, sous le titre « Les enfants reviendront après l’Epiphanie ».

Je vais citer deux extraits de l’ouvrage, dans le premier, daté du 30 mars, Sara Banzet raconte la genèse de son « poêle à tricoter » :

Ce que j’aime beaucoup, c’est entendre le bruit d’une idée dans mon corps. D’abord, c’est dans mon cœur, quelque chose qui s’arrête, se retient et fait du plein jour. Puis, cela s’étend dans mon corps, et un peu plus au large. Je sens que cela va mettre en mouvement un amas d’actions, considérable, de la joie à faire, à range, à mettre dans un ordre plus grand que les jours qui passent. (…)

Et j’aime entendre en moi, quand je me les rappelle, ces mots du pasteur Oberlin, en visite chez mon maître le pasteur Stouber : « Il faudrait trouver le moyen d’instruire ces enfances si négligées, au Ban de la Roche ». (…)

Alors, j’ai pensé que j’allais les mettre autour de moi, les enfants, dans mon poêle, et leur apprendre ce que je savais : tricoter, et leur lire des histoires. Et les interroger aussi.

Le second extrait est une réflexion sur la peine de mort, après que Sara ait assisté à l’exécution de François Staller roué au col de la Perheux le 14 octobre 1767, pour avoir assassiné d’un coup de fusil Didier Nussbaum.

Voilà ce que Sara pensait de l’exécution capitale et ça, 214 ans avant son abolition en France, il faut dire que la méthode de la roue était particulièrement choquante, même pour l’époque :

Je n’aime pas l’ordre royal de justice qui impose tant de cruauté. Je voudrais un monde où les punitions ne seraient pas extrêmes, ne seraient pas définitives comme la mort. Sinon, où le repentir peut-il prendre sa place ? Un jour, le monde changera, ou bien la royauté sera enlevée, il y aura des assemblées comme nos communautés municipales, et les gens parleront, et l’on ne fera pas le mal absolu d’un air tranquille pour se faire croire que c’est le bien.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, en lisant ça pour la première fois j’ai ressenti comme un frisson tellement j’ai trouvé ces écrits juste et bien pensés.

Disparue beaucoup trop tôt

Sara Banzet décède précocement le 24 avril 1774, elle avait 29 ans.

Je suis encore à la recherche d’informations sur la cause du décès et si vous en savez plus sur le sujet je vous serais très reconnaissant de m’en faire part.

 

Sources utilisées pour cet article :

  • Les écrits virtuels de Monique-Marie François.
  • Olympia Alberti, Les enfants reviendront après l’Epiphanie, Le Verger éditeur.

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