Le Ban de la Roche

Après la principauté de Salm, il aurait été indécent de ne pas aborder un autre monument de la Haute Vallée de la Bruche : le Ban de la Roche autrefois connu sous le nom de Steinthal ou Steintal.

Sans surprise, mes quelques recherches m’ont révélé une riche et passionnante histoire qui ne saurait tenir dans un seul article, c’est pourquoi ici je ne traite que de généralités, les détails seront abordés lors de futurs écrits.

Carte du Ban de la Roche

Les Rathsamhausen dans la vallée de la Bruche

Au 13e siècle, la branche zum Stein (la Roche) des Rathsamhausen, noble famille de la région de Sélestat, obtient en fief (comment ? pourquoi ? pour le moment je ne sais pas) les villages de Bellefosse, Belmont, Fouday, Rothau, Solbach, Neuviller, Waldersbach et Wildersbach ; auxquels s’ajoutent les hameaux de la Hautte-Goutte, la Hutte, le Trouchy et de Riangoutte. Cet ensemble est situé dans deux vallées parallèles, la vallée de la Rothaine et la vallée de la Chergoutte (ou Chirgoutte ou Schirgoutte) qui sont-elles même séparées par le col de la Perheux (endroit où l’on rendait la justice et brulait les prétendues sorcières).

Maintenant que la Ban de la Roche existe Bellefosse est dotée du château (burg1) de la Roche, place forte des Rathsamhausen dans la Haute Vallée de la Bruche. L’église de Belmont, grâce à l’argent de ses Seigneurs, s’embellie d’un magnifique portait du Christ couronné d’épines et est pourvue d’une cloche en bronze nommée Maria Magdalena, la légende parle aussi d’une cloche en argent mais c’est une autre histoire. En 1371, le territoire de la Roche s’étend suite à l’achat à la famille d’Andlau de Saint-Blaise et de Blancherupt (villages qui deviendront fiefs de l’évêché de Strasbourg en 1507 tout en restant propriété des zum Stein).

Destruction du château de la Roche

Dans la seconde moitié du 15e siècle, Gérothée de Rathsamhausen se voit reprocher par l’évêque de Strasbourg d’accueillir dans son château des brigands. La querelle tourne au conflit et en 1469, appuyé par ses alliés, l’évêque de Strasbourg fait bombarder, conquérir et détruire le château de la Roche avec interdiction de la reconstruire.

Le comte de Veldenz et la fille du Roi de Suède rachètent le Ban de la Roche

En 1584, suite à la mort de Jean Frédéric de Rathsamhausen, le Ban de la Roche et ses mines sont vendus à Georges-Jean de Veldenz (1543-1592), comte palatin du Rhin, duc de Bavière, comte de Veldenz, comte de Lützelstein (la Petite Pierre), comte de Sponheim et surtout époux de la princesse Anna Maria (1545-1610), fille du Roi de Suède Gustave 1e Wasa. A noter que Saint-Blaise et Blancherupt ne sont pas incluses dans la vente.

Grâce à sa proximité avec les mines de fer, Rothau centralise une nouvelle puissance industrielle orientée vers la métallurgie, hauts fourneaux, forges et atelier monétaire s’y implante. La vallée de la Rothaine, jusqu’ici secondaire au sein du Ban de la Roche, en devient la plaque tournante et sa population augmente fortement.

Le Ban de la Roche se convertit au protestantisme

Comme Herri-Hans (surnom donné par ses sujets à Georges Jean de Veldenz) est protestant et comme le ban de la Roche se trouve en pays germaniques, la règle suivante s’applique : « telle est la religion du seigneur, telle sera la religion du pays ». Ainsi le protestantisme devient la religion du Ban de la Roche en remplacement du catholicisme qui l’était depuis des siècles. Quand on est de la vallée, comme moi, on sait que ces villages sont protestants, par contre on a du mal à s’imaginer qu’il y ait pu y avoir une autre religion avant.

La Guerre de Trente Ans, une guerre de religion, une guerre à laquelle participe la Suède, s’invite dans la Vallée de la Bruche. Les Veldenz, seigneurs du Ban de la Roche, ayant perdu fortune et possessions allemandes durant la première partie de la guerre, ont fait de leur Schloss2 de Rothau leur point de chute, pas forcément une bonne nouvelle pour la région si l’on se souvient qu’ils sont des descendants directs des Rois de Suède.

Les Suédois s’installent dans la vallée de la Bruche

En juin 1633, les Suédois (protestants) contrôlent la vallée de la Bruche, leurs troupes sont en garnison du côté de Molsheim, ils ont écrasé le soulèvement des catholiques et quasiment rayé de la carte la ville de Schirmeck, seules neuf maisons n’ont pas été détruites. En août de la même année, par vengeance et à partir du château de Guirbaden, une attaque est lancée sur le Ban de la Roche. Les habitants de Schirmeck en profiteront pour occuper Rothau, y faire les moissons et y emporter le bétail, privant ainsi sa population de nourriture et la laissant mourir de faim, il en résultera un village fantôme. Fort de leur puissance, les Suédois réagissent et anéantissent Guirbaden, court répit pour la vallée de la Rothaine qui sera à nouveau attaqué en septembre pour les troupes de l’évêque de Strasbourg.

En 1634, les Veldenz obtiennent de la part des Suédois les seigneuries du val de Villé et de la Vallée de la Bruche, que de chemin parcourus depuis l’achat aux Rathsamhausen du Ban de la Roche. Cette nouvelle puissance n’est qu’éphémère, elle disparait l’année suivant en même temps que les Suédois, défait à Norlinguen par les troupes Impériales. Les Veldenz se retranchent alors à Wildersbach qui devient leur nouvelle ville principale pendant que Rothau, purgée de ses habitants se transforme en repère de brigands.

Le Ban de la Roche devient terre Française

La France, pays catholique, prend alors part au conflit et s’oppose aux Impériaux, pourtant eux-aussi catholiques, sa victoire sera scellée avec le traité de Westphalie qui transfère au Roi de France les droits sur l’Alsace de l’Empereur. L’Empire est stoppé, la France s’agrandi, c’est un joli coup qui pose les fondations pour une future Alsace française.

A partir de 1723, le Ban de la Roche est géré en direct par un représentant de la France, l’intendant d’Alsace Monsieur d’Angervillers, puis par ses successeurs qui sont et seront tous catholiques. En 1771, le baron Jean de Dietrich achète le Ban de la Roche, qui était devenu un comté en 1762, et fait redémarrer les mines et les forges, cet entrepreneur est chaleureusement accueilli par sa population avec laquelle il partage la même religion, le protestantisme.

De la métallurgie au textile

En 1799, Jean de Dietrich vend tout à la Louis Champy qui exploite déjà les mines du Framont. La Révolution étant passée par là, la monarchie n’étant plus, les droits obtenus par Louis Champy sur le Ban de la Roche sont sujets à discussion avec les communes. Il faudra attendre 1813 pour qu’un accord soit trouvé et officialisé entre l’acheteur et les maires des communes.

Mais se doutent-ils que ce début de 19e siècle coïncide avec le déclin de l’industrie métallurgique dans le Ban de la Roche et les terres de Salm ? Encore quelques décennies et il faudra faire autre chose.

Par chance l’ère du textile se profile, la Vallée de la Bruche sait parfaitement s’y adapter, métiers à tisser, filatures et fabriques lui apporte un nouveau souffle. Bien que très mal en point depuis quelques dizaines d’années, c’est 2012 qui matérialise à mes yeux, la fin définitive du textile dans le ban de la Roche avec le début des travaux de démolition, à Rothau, de l’usine Steinheil-Dieterlen. Entreprise qui fût en son temps tellement incontournable, qu’ici dans la vallée de la Bruche, on connait tous au moins une personne y ayant travaillé.

Des hommes et femmes qui ont fait l’Histoire

Le Ban de la Roche ne se limite pas à ces quelques lignes, il est riche en légendes, et surtout riche de personnages qui ont marqué son histoire mais aussi l’Histoire, on peut par exemple citer : Sara Banzet (1745-1774), Louise Scheppler (1763-1837), le pasteur Jean Frédéric Oberlin (1740-1826), le pasteur Jean Georges Stouber (1722-1797).

Ce qui nous promet de nombreux articles au sujet de ces deux vallées parallèles. Et si l’envie vous prenait d’écrire un petit quelque chose sur le Ban de la Roche, n’hésitez-pas à me le transmettre afin qu’il soit publié ici.

 

 

Source utlisées pour cet article :

 

1 Burg : château servant à la défense d’un territoire, placé stratégiquement et doté d’une garnison.

2 Schloss : château servant de résidence, en général placé au milieu de la ville et ne disposant que de quelques gardes

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(2 commentaires)

  1. Bonjour,
    Très bonne construction de l’article…
    Je voudrais attirer votre attention toutefois sur le fait qu’il n’y a pas que Schirmeck, ou Rothau, ou bien etc.
    Mais que La Broque existe aussi !
    Il est navrant que la plus part des articles sur la vallée de la Bruche qu’on ne s’étale pas sur La Broque…
    Il y a tellement de choses à raconter et à montrer !

    PS. : J’ai passé mon enfance à La Broque et bourlingué dans ses environs !

    plumedefou

      • tophe on 31 mai 2016 at 16 h 44 min
        Author

      Bonjour,
      et merci pour votre commentaire.
      Je suis également originaire de La Broque et rassurez-vous certains articles de y sont consacrés. Je vous invite à lire celui dédié à la commune et celui de la Principauté de Salm.

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